Le marchand de sables

/ 16:23


Dans la nuit calme, la mésange dort. A l'aurore, elle s'en ira. Mais pour lors, on voit éclore, un sémaphore. Un puits de flammes s'esquisse, au fond des abysses. C'est un petit point rouille dans le lointain immobile. Soudain d'un coup sonore, un jet de feu : éruption de lumière, dans le ciel d'encre. Un vieil homme, installé sur son tapis d'étincelles, rallume les soleils, au milieu des ténèbres. Du bout de ses doigts, qu'il agite magiques, s'enfuient des lueurs, privées de crépuscule, en recherche d'un cœur. Un cœur de barbare, un cœur brutal, qui bat de perfidie, pernicieuse tempête. Les éclairs visionnaires se jettent dans un homme, au cœur de fer. Le sang enflammé, enivré de cramé, il se réveille. Au bord du lit, au bord des larmes, ne sachant plus pourquoi il dort, pourquoi il vit, il regarde ses mains. Pour la première fois depuis longtemps, il pleure. Invisible jusqu'alors, son étoile du soir, sa promise, sa mémoire, lui redonne l'espoir. Tandis que les oiseaux rêvent encore, dans les temples d'Angkor, le marchand de sommeils brodés d'or, s'en va avant l'aurore, tranquille... Il laisse glisser, de ses doigts sabliers, un étrange héritage : un parapluie troué. L'homme au cœur percé, s'empare du présent désemparé. Avant de se recoucher, il allume une lanterne, pour observer l'objet. Sous ses yeux ébahis, prend ainsi vie, un photophore. Il éteint son trésor, et puis ferme les yeux, serein. Dans la nuit calme, la mésange dort.



Dans la nuit calme, la mésange dort. A l'aurore, elle s'en ira. Mais pour lors, on voit éclore, un sémaphore. Un puits de flammes s'esquisse, au fond des abysses. C'est un petit point rouille dans le lointain immobile. Soudain d'un coup sonore, un jet de feu : éruption de lumière, dans le ciel d'encre. Un vieil homme, installé sur son tapis d'étincelles, rallume les soleils, au milieu des ténèbres. Du bout de ses doigts, qu'il agite magiques, s'enfuient des lueurs, privées de crépuscule, en recherche d'un cœur. Un cœur de barbare, un cœur brutal, qui bat de perfidie, pernicieuse tempête. Les éclairs visionnaires se jettent dans un homme, au cœur de fer. Le sang enflammé, enivré de cramé, il se réveille. Au bord du lit, au bord des larmes, ne sachant plus pourquoi il dort, pourquoi il vit, il regarde ses mains. Pour la première fois depuis longtemps, il pleure. Invisible jusqu'alors, son étoile du soir, sa promise, sa mémoire, lui redonne l'espoir. Tandis que les oiseaux rêvent encore, dans les temples d'Angkor, le marchand de sommeils brodés d'or, s'en va avant l'aurore, tranquille... Il laisse glisser, de ses doigts sabliers, un étrange héritage : un parapluie troué. L'homme au cœur percé, s'empare du présent désemparé. Avant de se recoucher, il allume une lanterne, pour observer l'objet. Sous ses yeux ébahis, prend ainsi vie, un photophore. Il éteint son trésor, et puis ferme les yeux, serein. Dans la nuit calme, la mésange dort.

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Auteur : Samuel Becket (1906 - 1989)
Genre : théâtre (absurde)
Parution : 1952
Édition : Les éditions de minuit
Résumé :
Comment résumer ce texte si singulier ? Deux personnages, Vladimir et Estragon, attendent Godot, dont on ne sait rien... Godot ne vient jamais. Les personnages dépérissent, il ne se passe quasiment rien. Mais quelle peut être la signification d'une telle pièce ? Beckett a « voulu dire ce [qu'il a] voulu dire ». Voyons ce que l'on peut en tirer...

Avis (ou plutôt réflexions sur le texte) :
Samuel Beckett est un Dublinois qui s'installe à Paris en 1928 en tant que lecteur d'anglais à l’École normale supérieure d'Ulm. En mal d'inspiration au milieu d'un roman, il écrit En attendant Godot et accède par ce biais à la notoriété... Incroyable, n'est-ce pas ? Mais qu'est-ce qui a bien pu plaire aux lecteurs ?
Plongée dans la lecture du texte, j'étais très perplexe. Il ne se passe rien ou presque (une rencontre et une chaussure perdue...), les personnages sont décrépis : Estragon n'a pas de mémoire, Pozzo devient aveugle, Lucky n'est quasiment plus humain... Et que dire du lieu ? Il n'y a qu'un arbre. Estragon résume très bien le paysage à l'Acte II : « Qu'est-ce qu'il y a à reconnaître ? J'ai tiré ma roulure de vie au milieu des sables ! Et tu veux que j'y vois des nuances ? » Le temps ne s'écoule pas, l'Acte II répète à quelques infimes différences près l'Acte I, et seul Vladimir semble se rappeler les faits. Mais une fois qu'on pose le livre, on se rend finalement compte du défi littéraire que cela représente. Imaginez qu'on vous demande d'écrire une pièce avec des personnages fatigués, sans action, sans dénouement, sans lieu ni temps qui s'écoule... On comprend alors mieux le succès de la pièce, finalement très avant-gardiste, et qui interroge les conditions de possibilité du théâtre. Peut-être fût-ce en partie une raison pour laquelle on décernât à Beckett le Prix Nobel de la littérature en 1969.
Mon personnage préféré, c'est Godot. Godot qu'on ne voit jamais, et dont on ne sait rien, sinon qu'il bat un petit garçon, mais qu'il les nourrit lui et son frère (acte I), qu'il ne fait rien et qu'il a une barbe blanche (acte II). C'est le personnage le plus intrigant de la pièce. Est-ce Dieu (God, en anglais) ? Certainement pas, ce serait trop évident, un deus absconditus (dieu caché), ou alors un deus ex machina qui n'apparaît jamais, ce qui serait un comble. Ou est-ce juste un personnage-prétexte de la pièce, dont le nom est inspiré des mots « godillot » et « godasse » selon les dires de l'auteur (il est d'ailleurs beaucoup question de chaussure dans cette pièce) ? Finalement, s'il y a une intrigue dans cette pièce, c'est bien l'identité de Godot.
Enfin, quelle interprétation donner à En attendant Godot ? Est-ce une interrogation angoissée sur le sens de la vie ? Où est-ce si absurde que c'en est comique ? Alain Badiou déclare dans Beckett, l'increvable désir : « Il faut jouer Beckett dans la plus intense drôlerie. » Donc faire fi de tout le pathétique, la métaphysique et les interrogations sur la condition humaine auxquels on associe fréquemment les œuvres absurdes. Prendre l'absurde pour ce qu'il est, c'est-à-dire une œuvre dénuée de sens, ne me paraît pas déraisonnable.
« Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » a un jour écrit Kafka, un autre maître de l'absurde, dans l'une de ses correspondances. Eh bien ce livre est particulièrement tranchant, et tant mieux selon moi ! Il faut bien des livres décapants, qui se jouent des règles et déjouent les attentes, pour faire progresser la littérature. C'est certainement ce qui en fait de grands classiques.


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En attendant Godot

by on 15:57
Auteur :  Samuel Becket (1906 - 1989) Genre :  théâtre (absurde) Parution :  1952 Édition :  Les éditions de minuit Résu...



Cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit sur ce blog. Et pour cause, je viens de finir ma deuxième année de prépa B/L, une formation à laquelle j'ai dû consacrer beaucoup, beaucoup de temps ! La période de confinement, aussi pénible soit-elle, m'a permis cependant de reprendre la plume...
Drôle de titre pour une reprise, n'est-ce pas ? Baudelaire est-il vraiment en danger ? Certainement pas. Cependant, j'ai revu une vidéo il y a peu sur YouTube, et je ne vous cache pas mon étonnement quand j'ai vu Christophe André critiquer Les Fleurs du Mal sur le plateau de La Grande Librairie (la vidéo date d'il y a quatre ans et se trouve sur leur chaîne). Son « problème avec Baudelaire » est proportionnel à son « adulation ». En effet, M. André a été choqué après qu'un ami américain lui a cité Baudelaire comme l'un des plus grands poètes de France. Et pourtant, je trouve qu'il est l'un de nos plus grands poètes... D'où cette défense des Fleurs du Mal de Baudelaire !

Bien sûr, on pourrait avancer l'argument relativiste : des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Et pour être honnête, je suis plutôt d'accord avec ce proverbe, dans la mesure où, même s'il existait une norme du goût (De la norme du goût, David Hume), elle serait extrêmement difficile à trouver puisqu'il faudrait de « bons juges » pour la révéler au travers d’œuvres canoniques. Pour faire court et en reprenant la terminologie humienne, je peine à croire qu'il faille avoir un état sain (organes sensoriels qui fonctionnent parfaitement), une délicatesse (pour discerner les qualités les plus subtiles), une longue pratique (pour comparer les œuvres), une absence totale de préjugés, un bon sens (pour « discerner les qualités de forme et de raisonnement »), pour apprécier correctement la valeur artistique d'une œuvre, si jamais cela est possible. Mais alors, pourquoi prendre la défense de Baudelaire ? Eh bien, parce que Baudelaire est moderne, il a fait progresser la littérature. Il a rempli plus que sa simple part d'auteur. Il n'a pas seulement « augmenter » (auteur vient du mot latin augere, augmenter) numériquement le nombre d’œuvres littéraires, il a apporté de la nouveauté, il a ouvert « des horizons d'où jaillissent des faisceaux de lumière » (Chateaubriand définit ainsi les grands auteurs dans ses Mémoires d'Outre-tombe). La nouveauté n'est néanmoins pas forcément un renouveau du style ; Christophe André se plaint d'ailleurs de son style pompeux déjà démodé pour l'époque. Ce sont les sujets, les thèmes, qui sont nouveaux. Le procès des Fleurs du Mal montre déjà à quel point les poèmes étaient subversifs à l'époque. Mais je vais revenir sur un poème certainement moins connu que ceux censurés, et qui montre comment Baudelaire exerce son métier de poète. Ce poème, c'est celui qui ouvre les « Tableaux Parisiens » (1861) : « Paysage ». Le voici :

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.
II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

Selon ce poème, le poète est d'abord happé par le paysage, il l'étudie, comme dans un rêve qu'il ne contrôle pas. Il est passif devant ce paysage animé, qui mobilise et la vue et l'ouïe. Puis le poète s'implique dans le paysage alors que celui-ci se métamorphose : avec l'apparition du toucher (« doux »), le poète entre dans le paysage, et il peut le reproduire, comme s'il avait cerné l'idée même du paysage, qui subit éternellement le cycle des saisons. Ainsi quand vient l'hiver, le poète peut se replier tandis que le paysage estival disparaît. Et c'est à ce moment du poème que l'on constate que Baudelaire travaille beaucoup, il est comme l'albatros en exil, il doit mettre beaucoup de volonté et de lui-même pour « tirer un soleil de [son] cœur », et créer un poème manifestant cette atmosphère qu'il a connu. Baudelaire est un grand poète, parce qu'il a pu créer à partir de sujets inédits, comme ces paysages qui n'étaient pas jugés dignes de la poésie à son époque, c'est-à-dire les paysages urbains, en particulier ici, Paris. Peut-être Christophe André est-il si exaspéré par le mythe du poète maudit qu'entretient Baudelaire parce qu'il ne voit pas le travail que cela lui a demandé de créer ce recueil qui, s'il ne parvient pas à susciter un sentiment de beauté chez vous (par opposition au jugement, selon Hume), vous aura convaincu de son apport à la littérature par son innovation et son côté visionnaire, puisqu'on pourrait dire qu'il a par exemple ouvert la voie bien plus tard à Francis Ponge et son Parti pris des choses. C'est finalement la même démarche : prendre pour sujets des choses jugées antérieurement indignes de la poésie.
Voilà pourquoi il me semble légitime de vouloir défendre Baudelaire comme grand poète français, capable de manifester aussi bien la dualité de l'homme moderne, entre élévation spirituelle et compromission dans le vice, que des paysages urbains.

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« On écrit et on lit de la poésie non pas parce que c'est joli, mais parce qu'on fait partie de l'humanité. On écrit et on lit de la poésie parce que les hommes sont des êtres de passion. »
- N.H. Kleinbaum, Le Cercle des poètes disparus, chapitre 5


Auteur : N.H. Kleinbaum
Genre : roman
Parution :1990
Édition : Le Livre de Poche
Résumé (de l'édition, dernier paragraphe coupé car énorme spoiler) :
Il fut leur inspiration. Il a transformé leur vie à jamais.
A Welton, un austère collège du Vermont, dans les années 60, la vie studieuse des pensionnaires est bouleversée par l'arrivée d'un nouveau professeur de lettres, M. Keating.
Ce pédagogue peu orthodoxe va leur communiquer sa passion de la poésie, de la liberté, de l'anticonformisme, secouant la poussière des autorités parentales, académiques et sociales.
Le roman du film-événement de Peter Weir, Oscar 1990 du meilleur scénario, qui a bouleversé des centaines de milliers de spectateurs.

Avis :
Que dire de ce roman, si ce n'est qu'il est à la fois bouleversant, plein d'humour, de réflexion, de poésie, de légèreté et de fatalité ? Alternant les points de vue des personnages, ce livre, qui prend pour décor le collège britannique de Welton, m'a fait passée de la joie à la tristesse, en passant par des fous rires lors des réunions à la grotte du Cercle des Poètes Disparus. Le roman est adapté du film, et en ayant lu le livre avant de voir le film, j'ai remarqué qu'ils étaient très similaires, bien que le livre contienne plus de scènes et en prolonge certaines (ce qui me fait préférer le livre). Les jeunes protagonistes sont d'emblée très attachants, et le professeur Keating est un professeur que j'aurais adoré avoir en cours, drôle, anti-conformiste, poète et profondément humain. J'ai particulièrement apprécié la beauté du texte (les paroles de Keating sont un vrai régal, bien plus littéraires que dans le film), les poèmes choisis (Walt Whitman en tête, et bien sûr Shakespeare, mais aussi H.D. Thoreau), et la réflexion sur la vie que propose l'auteur. La fin est particulièrement frappante et explique certainement le succès du film et du livre.

Ce livre, humain, drôle et poétique, est donc une ode à la liberté et invite chacun à profiter de la vie. Un carpe diem de 1990 qui sera éternellement d'actualité. Un coup de cœur !

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« Le monde n'est pas face à un choc de civilisations ou de cultures, mais face à un affrontement entre ceux qui souhaitent jeter des passerelles et ceux qui s'efforcent de semer la haine et de nous diviser. Et si le travail des médiateurs est certainement difficile, chaque génération produit des personnes vivant en accord avec leurs convictions et cherchant des terrains d'entente. »
- Souad Mekhennet, I was told to come alone, Epilogue


Auteur : Souad Mekhennet
Genre : témoignage
Parution : 2017 (28/02/2018 pour la traduction en français)
Édition : Virago
Résumé (de l'édition Broché) :
Le visage masqué par son voile, Souad avance entre des fidèles armés de Kalachnikov. Elle va rencontrer l’un des hommes les plus recherchés et les plus dangereux de la planète, un terroriste qui a ensanglanté les rues de plusieurs villes occidentales. Quotidiennement, Souad met sa vie en jeu pour s’infiltrer dans des zones interdites, débusquer des chefs de guerre et enquêter dans l’ombre pour révéler au grand public les rouages secrets de Daech. Depuis 2001, elle est devenue une spécialiste mondiale du djihadisme. Dans ce témoignage aussi captivant qu’un thriller, elle raconte les centres d’entraînement et les séances de torture. Souad explique comment elle a réussi à connaître le nom des terroristes de Paris bien avant les autorités. De l’intérieur, ce livre restitue un portrait exceptionnel des fous d’Allah qui menacent l’Europe. Une enquête édifiante et effrayante. Une femme journaliste infiltrée au cœur du terrorisme islamiste.

Avis :
Ce livre se démarque par sa singularité, due in fine à celle de son auteure et du destin tout à fait incroyable de celle-ci. En effet, Souad (la chanceuse en arabe) est d'une humanité, d'une intégrité et d'un courage rares. De plus, ses origines, marocaines et turques, sunnites et chiites, son enfance vécue en Allemagne et sa famille lui donnent une très grande ouverture d'esprit, lui évitent l'impasse d'une vision binaire (les démocraties occidentales vs les autres civilisations ou encore les sunnites vs les chiites), et la poussent à ne cesser de chercher à comprendre les rouages du monde dans lequel nous vivons. Sa témérité, sa maîtrise de la langue arabe (mais aussi celles allemande, française et anglaise !) et sa religion (l'islam) lui ont ouvert les portes d'un monde connu de tous mais qu'on a pourtant tellement de mal à comprendre : le monde de l'islamisme radical, Al Qaïda et l’État islamique. Ce sont les coulisses d'un monde vraiment dangereux que l'on découvre, mais aussi difficilement compréhensible et infiniment frustrant. Ce livre offre une remise en question de l'interventionnisme américain et occidental au Moyen-Orient, et nous fournit des éléments de réponses à la radicalisation de jeunes Européens. Ce roman a bien évidemment une valeur autobiographique puisqu'elle y fait part de sa vie, son enfance, et aussi bien les personnes formidables dont elle a croisé la route que de la discrimination à laquelle elle a dû faire face. Elle explique également sa vision du journalisme, c'est-à-dire la confrontation de tous les points de vue, l'éthique, la protection des sources, le travail sur le terrain...
Ce livre est riche de faits réels, d'anecdotes, de témoignages, de réflexions. Il se lit un peu comme un thriller, mais il est placé sous le signe de l'honnêteté intellectuelle, ce qui nous rend encore plus stupéfaits de ce qu'on y découvre.

Il s'agit donc d'un témoignage, de faits aussi réels qu'incroyables, de la vie d'une journaliste musulmane téméraire et intègre, et finalement d'une mine d'informations nécessaire pour comprendre la « guerre contre la terreur ».

C'est donc un livre à lire, car il est « tourné vers les êtres », les jeunes qui se radicalisent, les minorités victimes de racisme, les familles brisées, les victimes des attentats...
Or comme l'a dit Martin Luther King JR :
« Il est grand temps de passer d'une société orientée vers les choses à une société tournée vers les êtres. Si l'on pense que les machines et les ordinateurs, le profit et les droits de propriété sont plus importants que les personnes, alors le trio de géants – racisme, matérialisme, et militarisme – est impossible à vaincre. »
- « Au-delà du Vietnam. Le moment de briser le silence. »,
discours prononcé à New York le 4 avril 1967.
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Auteur : Guillaume Prigent
Genre : manuel
Parution : 2017 (la traduction date de 2014)
Édition : Librio

Résumé (de l'édition) :
Classique de l'argumentation (et de la mauvaise foi) au succès inégalé, L'Art d'avoir toujours raison est le livre de chevet des apprentis rhéteurs. Mais ce texte n'est pas si accessible qu'on le croit. Dans cette édition, retrouvez le texte intégral de Schopenhauer, expliqué, commenté et illustré par un professeur d'éloquence. Chacun des 38 stratagèmes est décrypté, éclairé par un exemple tiré de l'actualité politique, de la littérature ou du cinéma, et se voit attribuer la parade pour savoir non seulement l'utiliser, mais aussi s'en défendre.

Avis :
Tout d'abord, il est nécessaire de faire la distinction entre « avoir raison » et la vérité. On peut gagner un débat et avoir raison aux yeux du public sans avoir vraiment raison, au sens d'être dans le vrai, d'être le plus proche de la vérité. Cette distinction est la base même du livre : on ne cherche pas à dire la vérité mais à avoir raison, point final. Comme le dit Pierre Mazard (interprété par Daniel Auteuil) dans Le Brio, « Avoir raison ! La vérité, on s'en fout ! ». C'est d'ailleurs ce film, dans lequel jouent Daniel Auteuil donc, mais aussi la formidable Camélia Jordana, qui a éveillé ma curiosité. Un livre magique vous permettant d'avoir toujours raison, j'avais vraiment hâte de le lire.
Et je n'ai pas été déçue. Ce n'est pas vraiment un livre magique, en réalité le principe est très simple : pour gagner un débat, une discussion ou autre, il faut vaincre l'adversaire. Ce livre se compose donc de trente-huit stratagèmes à adopter dans trente-huit situations différentes, c'est-à-dire en fonction de votre adversaire, ses capacités, ses idées, son caractère, son passé, son érudition, mais aussi du public, de vos arguments, etc. Bref, il s'agit d'un manuel ô combien machiavélique (au sens de pragmatique et amoral) qui vous permettra de vous dépatouiller de n'importe quelle situation, pourvu que vous n'ayez pas trop de considérations morales pour votre adversaire... Mais, comme l'indique l'auteur, le but de cet ouvrage est surtout de se défendre dans le cas où votre opposant se servirait d'un de ces stratagèmes pour vous contrer.
Ce que j'ai apprécié dans ce livre est la clarté de l'explication, les exemples concrets tirés aussi bien de débats télévisés, que de dialogues platoniciens ou de films et le paragraphe « comment s'en défendre ? ». Le livre se lit très vite, et les exemples tirés de débats politiques m'ont bien fait rire. Le bouquin en lui-même est abordable, d'un point de vue intellectuel donc, mais aussi financier (3€, pas de quoi se ruiner). Par ailleurs, cet ouvrage m'a appris à reconnaître certains stratagèmes lors de débats et par la même occasion la mauvaise foi révoltante de certains politiciens (je la percevais déjà, mais là, c'est carrément immanquable). Ce que j'ai moins apprécié, en revanche, est la redondance de certains arguments : Schopenhauer lui-même le dit, certains stratagèmes sont vraiment très similaires. Quant à la distance morale, la grande froideur avec laquelle le philosophe considère le débat, je dirais que chacun est libre de faire ce qu'il veut, qu'il ne faut pas prendre ce manuel au pied de la lettre et qu'il peut être justifié d'utiliser ces moyens (quitte à faire preuve de mauvaise foi) pour parvenir à un but juste (d'un point de vue moral).

Ce livre est donc un bon outil facile d'accès pour former l'esprit critique, et bien sûr, pour apprendre et maîtriser la rhétorique !

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« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
L'étranger, Partie 1, chapitre I


Auteur : Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957 (L'étranger est son premier roman)

Genre : roman
Parution : 1942
Édition : folio

Résumé (rédigé par moi-même) :
Dans ce court roman, nous suivons Meursault, un personnage-narrateur pas comme les autres puisqu'il semble passif, comme s'il était incapable d'éprouver le moindre sentiment. L'action se déroule à Alger, où vit Meursault, pied-noir. Le livre, divisé en deux parties, commence avec l'enterrement de la mère du protagoniste. On découvre alors la vie tranquille de Meursault pendant l'été (partie 1) et la tournure totalement inattendue qu'elle prend lorsque Meursault « [frappe] sur la porte du malheur » (partie 2).

Avis :
La découverte de Meursault dès les premières pages m'a déconcertée : jamais un personnage n'avait été aussi passif, déconnecté de notre réalité, presque robotique que dans ce livre. C'est très perturbant de se retrouver dans la conscience de quelqu'un qui paradoxalement ne semble pas en avoir. Meursault est finalement « étranger » aux émotions, à ses semblables, à sa propre vie. Le début du livre passé, on apprécie le recul avec lequel le personnage envisage les choses. On constate alors un monde encore plus difficile à saisir que le personnage : un monde absurde, irrationnel, auquel les Hommes tentent vainement de donner un sens. Ce monde est pourtant celui que nous connaissons, ce n'est pas un univers absurde comme celui des livres de Kafka. Meursault semble errer au sein d'une société insensée dont il est impossible de s'émanciper ; il y rencontre d'autres personnages, Salamano, le voisin qui bat son chien (pas très sympathique), Raymond Sintès, autre voisin pas très vertueux, Marie, la dactylo (un repère de « normalité » auquel on a envie de s'accrocher), et un ami, Masson. Contrairement à Meursault, tous semblent décider à mener leur vie comme ils l'entendent, à refuser la fatalité que seul le narrateur perçoit. Cet anti-héros est non pas immoral mais amoral, ce qui le rend finalement assez déprimant voire énervant. Son comportement vis-à-vis de Marie m'a vraiment exaspérée. Son acte injustifié à la fin de la première partie m'a laissé pour le moins perplexe. La façon de vivre et de penser de Meursault révolte et il n'est pas aisé de comprendre sa logique (certainement parce que justement, il n'y en a pas) : Si la vie n'a vraiment pas d'intérêt pour lui, pourquoi se donne-t-il la peine de la vivre ?
Enfin, je préfère les personnages avec une personnalité, un peu plus enthousiastes, un peu plus humains dirais-je même, qui ont un intérêt pour eux-même et ne sont pas des outils pour démontrer un pensée, celle de l'auteur.
En résumé, on trouve dans L'étranger un roman dépaysant qui se démarque par l'originalité de son protagoniste, de son univers et par la justesse de sa réflexion existentielle, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre, mais plutôt remettre en question, pour finalement trouver un sens et un but à la vie que nous menons.

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L'étranger

by on 15:35
«  Aujourd’hui , maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » L'étranger , Partie 1, chapitre I Auteur :  Alber...