« On écrit et on lit de la poésie non pas parce que c'est joli, mais parce qu'on fait partie de l'humanité. On écrit et on lit de la poésie parce que les hommes sont des êtres de passion. »
- N.H. Kleinbaum, Le Cercle des poètes disparus, chapitre 5


Auteur : N.H. Kleinbaum
Genre : roman
Parution :1990
Édition : Le Livre de Poche
Résumé (de l'édition, dernier paragraphe coupé car énorme spoiler) :
Il fut leur inspiration. Il a transformé leur vie à jamais.
A Welton, un austère collège du Vermont, dans les années 60, la vie studieuse des pensionnaires est bouleversée par l'arrivée d'un nouveau professeur de lettres, M. Keating.
Ce pédagogue peu orthodoxe va leur communiquer sa passion de la poésie, de la liberté, de l'anticonformisme, secouant la poussière des autorités parentales, académiques et sociales.
Le roman du film-événement de Peter Weir, Oscar 1990 du meilleur scénario, qui a bouleversé des centaines de milliers de spectateurs.

Avis :
Que dire de ce roman, si ce n'est qu'il est à la fois bouleversant, plein d'humour, de réflexion, de poésie, de légèreté et de fatalité ? Alternant les points de vue des personnages, ce livre, qui prend pour décor le collège britannique de Welton, m'a fait passée de la joie à la tristesse, en passant par des fous rires lors des réunions à la grotte du Cercle des Poètes Disparus. Le roman est adapté du film, et en ayant lu le livre avant de voir le film, j'ai remarqué qu'ils étaient très similaires, bien que le livre contienne plus de scènes et en prolonge certaines (ce qui me fait préférer le livre). Les jeunes protagonistes sont d'emblée très attachants, et le professeur Keating est un professeur que j'aurais adoré avoir en cours, drôle, anti-conformiste, poète et profondément humain. J'ai particulièrement apprécié la beauté du texte (les paroles de Keating sont un vrai régal, bien plus littéraires que dans le film), les poèmes choisis (Walt Whitman en tête, et bien sûr Shakespeare, mais aussi H.D. Thoreau), et la réflexion sur la vie que propose l'auteur. La fin est particulièrement frappante et explique certainement le succès du film et du livre.

Ce livre, humain, drôle et poétique, est donc une ode à la liberté et invite chacun à profiter de la vie. Un carpe diem de 1990 qui sera éternellement d'actualité. Un coup de cœur !

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« Le monde n'est pas face à un choc de civilisations ou de cultures, mais face à un affrontement entre ceux qui souhaitent jeter des passerelles et ceux qui s'efforcent de semer la haine et de nous diviser. Et si le travail des médiateurs est certainement difficile, chaque génération produit des personnes vivant en accord avec leurs convictions et cherchant des terrains d'entente. »
- Souad Mekhennet, I was told to come alone, Epilogue


Auteur : Souad Mekhennet
Genre : témoignage
Parution : 2017 (28/02/2018 pour la traduction en français)
Édition : Virago
Résumé (de l'édition Broché) :
Le visage masqué par son voile, Souad avance entre des fidèles armés de Kalachnikov. Elle va rencontrer l’un des hommes les plus recherchés et les plus dangereux de la planète, un terroriste qui a ensanglanté les rues de plusieurs villes occidentales. Quotidiennement, Souad met sa vie en jeu pour s’infiltrer dans des zones interdites, débusquer des chefs de guerre et enquêter dans l’ombre pour révéler au grand public les rouages secrets de Daech. Depuis 2001, elle est devenue une spécialiste mondiale du djihadisme. Dans ce témoignage aussi captivant qu’un thriller, elle raconte les centres d’entraînement et les séances de torture. Souad explique comment elle a réussi à connaître le nom des terroristes de Paris bien avant les autorités. De l’intérieur, ce livre restitue un portrait exceptionnel des fous d’Allah qui menacent l’Europe. Une enquête édifiante et effrayante. Une femme journaliste infiltrée au cœur du terrorisme islamiste.

Avis :
Ce livre se démarque par sa singularité, due in fine à celle de son auteure et du destin tout à fait incroyable de celle-ci. En effet, Souad (la chanceuse en arabe) est d'une humanité, d'une intégrité et d'un courage rares. De plus, ses origines, marocaines et turques, sunnites et chiites, son enfance vécue en Allemagne et sa famille lui donnent une très grande ouverture d'esprit, lui évitent l'impasse d'une vision binaire (les démocraties occidentales vs les autres civilisations ou encore les sunnites vs les chiites), et la poussent à ne cesser de chercher à comprendre les rouages du monde dans lequel nous vivons. Sa témérité, sa maîtrise de la langue arabe (mais aussi celles allemande, française et anglaise !) et sa religion (l'islam) lui ont ouvert les portes d'un monde connu de tous mais qu'on a pourtant tellement de mal à comprendre : le monde de l'islamisme radical, Al Qaïda et l’État islamique. Ce sont les coulisses d'un monde vraiment dangereux que l'on découvre, mais aussi difficilement compréhensible et infiniment frustrant. Ce livre offre une remise en question de l'interventionnisme américain et occidental au Moyen-Orient, et nous fournit des éléments de réponses à la radicalisation de jeunes Européens. Ce roman a bien évidemment une valeur autobiographique puisqu'elle y fait part de sa vie, son enfance, et aussi bien les personnes formidables dont elle a croisé la route que de la discrimination à laquelle elle a dû faire face. Elle explique également sa vision du journalisme, c'est-à-dire la confrontation de tous les points de vue, l'éthique, la protection des sources, le travail sur le terrain...
Ce livre est riche de faits réels, d'anecdotes, de témoignages, de réflexions. Il se lit un peu comme un thriller, mais il est placé sous le signe de l'honnêteté intellectuelle, ce qui nous rend encore plus stupéfaits de ce qu'on y découvre.

Il s'agit donc d'un témoignage, de faits aussi réels qu'incroyables, de la vie d'une journaliste musulmane téméraire et intègre, et finalement d'une mine d'informations nécessaire pour comprendre la « guerre contre la terreur ».

C'est donc un livre à lire, car il est « tourné vers les êtres », les jeunes qui se radicalisent, les minorités victimes de racisme, les familles brisées, les victimes des attentats...
Or comme l'a dit Martin Luther King JR :
« Il est grand temps de passer d'une société orientée vers les choses à une société tournée vers les êtres. Si l'on pense que les machines et les ordinateurs, le profit et les droits de propriété sont plus importants que les personnes, alors le trio de géants – racisme, matérialisme, et militarisme – est impossible à vaincre. »
- « Au-delà du Vietnam. Le moment de briser le silence. »,
discours prononcé à New York le 4 avril 1967.
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Auteur : Guillaume Prigent
Genre : manuel
Parution : 2017 (la traduction date de 2014)
Édition : Librio

Résumé (de l'édition) :
Classique de l'argumentation (et de la mauvaise foi) au succès inégalé, L'Art d'avoir toujours raison est le livre de chevet des apprentis rhéteurs. Mais ce texte n'est pas si accessible qu'on le croit. Dans cette édition, retrouvez le texte intégral de Schopenhauer, expliqué, commenté et illustré par un professeur d'éloquence. Chacun des 38 stratagèmes est décrypté, éclairé par un exemple tiré de l'actualité politique, de la littérature ou du cinéma, et se voit attribuer la parade pour savoir non seulement l'utiliser, mais aussi s'en défendre.

Avis :
Tout d'abord, il est nécessaire de faire la distinction entre « avoir raison » et la vérité. On peut gagner un débat et avoir raison aux yeux du public sans avoir vraiment raison, au sens d'être dans le vrai, d'être le plus proche de la vérité. Cette distinction est la base même du livre : on ne cherche pas à dire la vérité mais à avoir raison, point final. Comme le dit Pierre Mazard (interprété par Daniel Auteuil) dans Le Brio, « Avoir raison ! La vérité, on s'en fout ! ». C'est d'ailleurs ce film, dans lequel jouent Daniel Auteuil donc, mais aussi la formidable Camélia Jordana, qui a éveillé ma curiosité. Un livre magique vous permettant d'avoir toujours raison, j'avais vraiment hâte de le lire.
Et je n'ai pas été déçue. Ce n'est pas vraiment un livre magique, en réalité le principe est très simple : pour gagner un débat, une discussion ou autre, il faut vaincre l'adversaire. Ce livre se compose donc de trente-huit stratagèmes à adopter dans trente-huit situations différentes, c'est-à-dire en fonction de votre adversaire, ses capacités, ses idées, son caractère, son passé, son érudition, mais aussi du public, de vos arguments, etc. Bref, il s'agit d'un manuel ô combien machiavélique (au sens de pragmatique et amoral) qui vous permettra de vous dépatouiller de n'importe quelle situation, pourvu que vous n'ayez pas trop de considérations morales pour votre adversaire... Mais, comme l'indique l'auteur, le but de cet ouvrage est surtout de se défendre dans le cas où votre opposant se servirait d'un de ces stratagèmes pour vous contrer.
Ce que j'ai apprécié dans ce livre est la clarté de l'explication, les exemples concrets tirés aussi bien de débats télévisés, que de dialogues platoniciens ou de films et le paragraphe « comment s'en défendre ? ». Le livre se lit très vite, et les exemples tirés de débats politiques m'ont bien fait rire. Le bouquin en lui-même est abordable, d'un point de vue intellectuel donc, mais aussi financier (3€, pas de quoi se ruiner). Par ailleurs, cet ouvrage m'a appris à reconnaître certains stratagèmes lors de débats et par la même occasion la mauvaise foi révoltante de certains politiciens (je la percevais déjà, mais là, c'est carrément immanquable). Ce que j'ai moins apprécié, en revanche, est la redondance de certains arguments : Schopenhauer lui-même le dit, certains stratagèmes sont vraiment très similaires. Quant à la distance morale, la grande froideur avec laquelle le philosophe considère le débat, je dirais que chacun est libre de faire ce qu'il veut, qu'il ne faut pas prendre ce manuel au pied de la lettre et qu'il peut être justifié d'utiliser ces moyens (quitte à faire preuve de mauvaise foi) pour parvenir à un but juste (d'un point de vue moral).

Ce livre est donc un bon outil facile d'accès pour former l'esprit critique, et bien sûr, pour apprendre et maîtriser la rhétorique !

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« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
L'étranger, Partie 1, chapitre I


Auteur : Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957 (L'étranger est son premier roman)

Genre : roman
Parution : 1942
Édition : folio

Résumé (rédigé par moi-même) :
Dans ce court roman, nous suivons Meursault, un personnage-narrateur pas comme les autres puisqu'il semble passif, comme s'il était incapable d'éprouver le moindre sentiment. L'action se déroule à Alger, où vit Meursault, pied-noir. Le livre, divisé en deux parties, commence avec l'enterrement de la mère du protagoniste. On découvre alors la vie tranquille de Meursault pendant l'été (partie 1) et la tournure totalement inattendue qu'elle prend lorsque Meursault « [frappe] sur la porte du malheur » (partie 2).

Avis :
La découverte de Meursault dès les premières pages m'a déconcertée : jamais un personnage n'avait été aussi passif, déconnecté de notre réalité, presque robotique que dans ce livre. C'est très perturbant de se retrouver dans la conscience de quelqu'un qui paradoxalement ne semble pas en avoir. Meursault est finalement « étranger » aux émotions, à ses semblables, à sa propre vie. Le début du livre passé, on apprécie le recul avec lequel le personnage envisage les choses. On constate alors un monde encore plus difficile à saisir que le personnage : un monde absurde, irrationnel, auquel les Hommes tentent vainement de donner un sens. Ce monde est pourtant celui que nous connaissons, ce n'est pas un univers absurde comme celui des livres de Kafka. Meursault semble errer au sein d'une société insensée dont il est impossible de s'émanciper ; il y rencontre d'autres personnages, Salamano, le voisin qui bat son chien (pas très sympathique), Raymond Sintès, autre voisin pas très vertueux, Marie, la dactylo (un repère de « normalité » auquel on a envie de s'accrocher), et un ami, Masson. Contrairement à Meursault, tous semblent décider à mener leur vie comme ils l'entendent, à refuser la fatalité que seul le narrateur perçoit. Cet anti-héros est non pas immoral mais amoral, ce qui le rend finalement assez déprimant voire énervant. Son comportement vis-à-vis de Marie m'a vraiment exaspérée. Son acte injustifié à la fin de la première partie m'a laissé pour le moins perplexe. La façon de vivre et de penser de Meursault révolte et il n'est pas aisé de comprendre sa logique (certainement parce que justement, il n'y en a pas) : Si la vie n'a vraiment pas d'intérêt pour lui, pourquoi se donne-t-il la peine de la vivre ?
Enfin, je préfère les personnages avec une personnalité, un peu plus enthousiastes, un peu plus humains dirais-je même, qui ont un intérêt pour eux-même et ne sont pas des outils pour démontrer un pensée, celle de l'auteur.
En résumé, on trouve dans L'étranger un roman dépaysant qui se démarque par l'originalité de son protagoniste, de son univers et par la justesse de sa réflexion existentielle, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre, mais plutôt remettre en question, pour finalement trouver un sens et un but à la vie que nous menons.

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L'étranger

by on 15:35
«  Aujourd’hui , maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » L'étranger , Partie 1, chapitre I Auteur :  Alber...

« Chacun, exposé au regard de tous, se trouve dans l'heureuse nécessité de travailler et de se reposer, suivant les lois et les coutumes du pays. L'abondance en toutes choses est le fruit de cette vie pure et active. Le bien-être se répand également sur tous les membres de cette admirable société ; la mendicité et la misère y sont des monstres inconnus. »
Livre Second, L'Utopie

Auteur : Thomas More (né en 1478 et décapité en 1535...)
Genre : traité philosophique
Parution : 1516
Édition : Librio
Résumé (de l'édition) :
C'est en 1516 que Thomas More lance ce cri aux résonances si modernes. Juriste au service de la couronne d'Angleterre, alors portée par Henri VIII, il est témoin d'un règne perclus de vices : abus, corruption, racket, injustice, iniquité des lois... La société anglaise offre un tableau d'une violence répugnante pour les âmes éprises d'humanité.
More rêve d'un autre monde : une république exemplaire où la propriété individuelle et l'argent seraient abolis, une république de citoyens vertueux, amoureux de sagesse et de paix. Ce pays merveilleux, c'est l'Utopie ; mais hélas, il semble que seuls les philosophes ou les fous soient capables d'y croire...

Avis :
Ce traité est divisé en deux parties, la première étant un dialogue entre Thomas More et Raphaël sur les institutions européennes, en particulier anglaises, et la seconde la description d'Utopie, un État modèle. Si le traité est un des précurseurs du genre de l'Utopie, si beaucoup d'idées, novatrices à l'époque, sont louables (condamnation de la guerre, indulgence vis-à-vis des voleurs, car c'est la société qui produit la pauvreté...), ce n'est pas pour autant que je suis convaincue par cette utopie. C'est principalement lié à la différence d'époque et au recul qu'on a sur la mise en pratique du communisme (URSS).
Utopie est une cage dorée et religieuse où règnent les hommes. Aujourd'hui l'idée que le père gouverne la famille, sa femme et ses enfants choque quelque peu : « Le plus âgé, comme je l'ai dit, préside la famille. Les femmes servent leurs maris ; les enfants leurs pères et leurs mères. » L'autre élément qui m'a surprise est le fait que les citoyens ne peuvent quitter Utopie. « Les voyageurs se réunissent pour partir ensemble ; ils sont munis d'une lettre du prince qui certifie le congé et fixe le jour du retour. […] Celui qui, de son propre mouvement, se permet de franchir les limites de sa province, est traité en criminel ; pris sans le congé du prince, il est ramené comme un déserteur et sévèrement puni. En cas de récidive, il perd la liberté. » Encore faudrait-il qu'il soit libre au départ, aurait-on envie de dire... Enfin, il existe une liberté de culte mais les athées sont considérés en hérétiques. « Néanmoins, il flétrit sévèrement, au nom de la morale, l'homme qui dégrade la dignité de sa nature, au point de penser que l'âme meurt avec le corps, ou que le monde marche au hasard, et qu'il n'y a point de Providence. » En effet, l'auteur pense que, sans « autre frein que le code pénal », les Hommes violeraient les lois et institutions. A noter que cette vision peut se retrouver aux États-Unis : dans le sondage de Pex Research Center de janvier 2016, 51% des Américains interrogés déclarent peu probable qu'ils votent pour un candidat à la présidence sans religion. On remarque aussi que l'auteur condamne l'extrémisme religieux.
Aussi, L'Utopie condamne la propriété privée. « Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l'argent, là on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale. » Après avoir pointé du doigt les inégalités sociales, les riches exploitant les pauvres, il conclue : « Voilà ce qui me persuade invinciblement que l'unique moyen de distribuer les biens avec égalité, avec justice, et de constituer le bonheur du genre humain, c'est l'abolition de la propriété privée. » Raphaël donne une vision idéaliste d'un État sans propriété privée : un monde dans lequel demeure l'abondance, le travail, l'altruisme et le bonheur. Mais l'expérimentation du modèle communiste en URSS illustre l'impossible mise en application de cet idéal. L'Utopie pourrait être interprétée comme un futur et improbable âge d'or. L'optimisme anthropologique est trop présent dans ce livre pour qu'il soit question d'envisager une future société pareille à Utopie, une société communiste où les Hommes sont heureux, car ils se partagent tout volontairement, travaillent pour la communauté et n'éprouvent aucune jalousie... C'est pourquoi l'Utopie ne fait aujourd'hui plus rêver. A propos du communisme, une petite anecdote m'a faite sourire : Lénine a érigé un obélisque à Moscou en 1917 où cohabitent Marx Engels, qui considérait la religion comme « l'opium du peuple » et Thomas More, si religieux qu'il fût canonisé en 1935...

L'humaniste avait donc des idées assez novatrices pour son temps, louables et toujours actuelles pour certaines (condamnation de la guerre, simplification des lois, condamnation de l'extrémisme religieux), mais basées sur un optimisme anthropologique (abolition de la propriété privée) et dépassées aujourd'hui pour d'autres (sexisme, absence de la liberté de circulation).

Enfin, je pense que l'on a besoin d'utopies. Un modèle de société parfait est un idéal, une Idée au sens platonicien. Selon Platon, il existe trois échelles du réel. Prenons par exemple un lit :
- il existe l'Idée du lit. Le lit parfait, l'essence du lit.
- puis il y a le lit fabriqué par l'artisan, la matérialisation, c'est-à-dire la copie de l'Idée.
- enfin il y a le lit dessiné par l'artiste, la copie artistique de la copie matérielle de l'Idée, soit le lit le moins réel.
Je dirais que nos démocraties occidentales sont une copie matérielle de l'Idée de société parfaite. Nous avons besoin de nouvelles Idées de sociétés encore plus parfaites pour tendre un maximum vers ces Idées et améliorer nos copies, nos sociétés modernes.


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L'Utopie

by on 07:07
« Chacun, exposé au regard de tous, se trouve dans l'heureuse nécessité de travailler et de se reposer, suivant les lois et les cout...


Auteur : John Green
Genre : roman
Date de publication : 10/10/2017
Édition : Gallimard Jeunesse

Résumé de l'édition :
Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s'empare d'elle ? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et son peut-être amoureux Davis, fils d'un milliardaire mystérieusement disparu. Un trio improbable qui va mener l'enquête, et trouver en chemin d'autres mystères et d'autres vérités...

Avis :
Ce livre, qui mêle des personnages uniques et profonds, m'a tout simplement bouleversée. Il faut avouer que c'est une des spécialités de John Green : vous faire rire aux éclats, et, l'instant d'après, vous faire pleurer (ou verser une toute petite larme pour les plus tenaces). Holminette est un personnage complexe, plus vrai que nature, auquel on s'attache très vite. Elle a quelque chose de très humain, de vulnérable et de mélancolique. Ce roman traite de la maladie mentale, de l'adolescence, du deuil, de l'amitié et du premier amour. C'est donc un roman très dense. Le cadre, l'histoire, les personnages et la sincérité du propos m'ont énormément plu et beaucoup touchée. Un livre à lire absolument !

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J'ai fait un mauvais rêve
Ça m'arrive, parfois
Quand il fait noir le soir
Les démons se révèlent

Mais il ne fait pas noir
La lumière écrasante
S'envole vers le ciel
Sous les regards sauvages

La croix gammée sourit
Triomphante elle regarde
Les œuvres renégates
Se consumer en cendres

Mais la scène s'éloigne
Il fait de nouveau noir
Et le rideau se lève
Un nouveau mauvais rêve

Elle se tient fière
La grande république
Dite démocratique
Mais au parti unique

L'article trente-cinq
De la constitution
Clament Liu Xiaobo
Et d'autres étudiants

Étouffées dans le sang
Les voix doivent se taire
Un tour du planisphère
Et le monde au courant

En prison envoyé
Il réclame justice
Obtient le prix Nobel
Un combat pacifique

Mais la scène s'éloigne
Il fait de nouveau noir
Et le rideau se lève
Un nouveau mauvais rêve

Des images sanglantes
Ils sortent en courant
Des images bruyantes
Et puis les mots qui manquent

L'effroi du sept janvier
Gardons la tête haute
Ne jamais renoncer
C'est vaincre l'ennemi

On crie « Je suis Charlie »
Car le monde est Charlie
Et il crie « liberté ! »
Car elle est menacée

Charlie est un phœnix
Il renaît de ses cendres
Ne se fait pas attendre
De nouveau il publie

Le monde rend hommage
Et la vie continue
Le souvenir demeure
Et subsiste la peur

Mais la scène s'éloigne
Il fait de nouveau noir
Et le rideau se lève
Un nouveau mauvais rêve

Liberté d'expression !
A Paris crient les Turcs
Liberté d'expression !
En Turquie crient les jeunes

Erdogan au pouvoir
Comment ne pas le voir
Bâillonnés sont les Turcs
On tombe dans l'impasse

J'ai fait un mauvais rêve
Qui n'était pas un rêve
Quand le rideau se lève
Un nouveau mauvais rêve

Mauvais rêve

by on 00:08
J'ai fait un mauvais rêve Ça m'arrive, parfois Quand il fait noir le soir Les démons se révèlent Mais il ne fait pa...


Près de 300 millions d'armes sont en circulation aux États-Unis, selon les statistiques du magazine America. En effet, le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique garantit le droit du port d'arme par tout citoyen américain, permettant ainsi aux civils de se protéger. Mais c'est aussi avec ces armes que de nombreux meurtres et attentats sont commis sur le sol américain. Toujours selon America, depuis le massacre de Sandy Hook du 14 décembre 2012, qui a fait 28 morts, dont 20 enfants, plus de 1500 tueries de masse (plus de quatre personnes touchées) ont eu lieu.
Mais, comme le souligne Simone Weil, la philosophe du XXème siècle, à propos des conflits humains, « Si le péril est si grave, c'est sans doute en partie à cause de la puissance des instruments de destruction que la technique a mis entre nos mains ; mais les instruments ne partent pas tout seuls, et il n'est pas honnête de vouloir faire retomber sur la matière inerte une situation dont nous portons l'entière responsabilité. » (Ne recommençons pas la Guerre de Troie, 1937)
Il faut donc chercher la raison qui pousse tant de personnes à commettre de tels actes. Les médias emploient souvent le terme de culture de la violence aux États-Unis. Mais qu'en est-il vraiment ? L'essai de Stephen King, intitulé De la violence en Amérique, publié dans l'édition 4 du magazine America, apporte un nouvel éclairage sur cette question.

L'essai est divisé en six parties :
1) Le choc
2) Rage
3) Des ivrognes dans un bar
4) Culture de la violence
5) De mes mains mortes et froides
6) Pas de solution mais des mesures raisonnables

La première partie met en lumière le schéma répétitif du déroulement des tueries : la tuerie, la réaction des médias, la relance du débat sur le port d'armes, et enfin l'oubli progressif, jusqu'à la prochaine attaque. La seconde parle de Rage, un roman écrit par Stephen King lorsqu'il était adolescent, qu'il a plus tard remanié et publié en 1977. L'auteur a décidé de le retirer de la circulation, car de jeunes déséquilibrés prenaient exemple sur le héros du livre, Charlie Decker, pour commettre des tueries dans leurs écoles ; il cite notamment Jeff Cox, Dustin Pierce, Barry Loukaitis et Michael Carneal.
Devant le nombre croissant de tueries de masse, pourquoi aucune solution n'a été trouvée ? Aucun plan mis en action ?
C'est ce que Stephen King explique dans les passages suivants : le débat entre Républicains et Démocrates est stérile... En fait il n'y en a pas. Un peu comme une conversation entre deux ivrognes : chacun essaie de prouver que l'autre a tort sans écouter ses arguments. De plus, il existe la National Rifle Association qui défend le port d'armes et a une influence non négligeable sur une partie des personnalités politiques. La NRA est un vrai problème pour monsieur King, car ses membres sont des « contradictions ambulantes » et ne voient pas le lien entre le port d'armes (n'importe quel calibre et sans restriction) et les tueries de masse. En gros, si les victimes avaient été armées, il n'y aurait pas eu autant de morts...
Le problème a pris trop d'ampleur pour qu'une solution simple et efficace puisse le résoudre. Néanmoins, les trois initiatives majeures annoncées par Obama en 2013 pourraient déjà diminué le nombre de massacres. Il s'agit, pour faire court, des vérifications exhaustives et universelles des antécédents, l'interdiction de la vente de chargeurs d'une contenance de plus de dix cartouches (pour King, sept suffiraient, mais dix, c'est déjà bien), et enfin l'interdiction de la vente de fusils d'assaut tels que le Bushmaster et l'AR-15.
Quant à la culture de la violence en Amérique, pour monsieur King, elle est « un mensonge intéressé, édicté par certains fondamentalistes religieux et ces as de la propagande que sont les proxénètes pro-armes américains. » Il écrit même plus haut : « cette idée que l'Amérique existe dans une culture de la violence, c'est des conneries. L'Amérique existe dans une culture de Kardashian. » (Vous noterez que ce n'est pas non plus très flatteur...) Il appuie cette déclaration sur des statistiques sur le genre de films, de jeux vidéos que les Américains aiment. Les citoyens des États-Unis ne semblent guerre être intéressés par les armes à feu.


Vous l'aurez compris, le problème du port d'armes est une question de grande envergure aux États-Unis qui attise les passions. Selon Stephen King, son origine ne réside pas dans une soi-disant culture de la violence, mais plutôt dans l'accès pas assez réglementé aux armes à feu. En Californie, un enfant de 14 ans est en droit d'acheter une arme... Des mesures raisonnables de restriction du droit au port d'arme(s) sont donc nécessaires.
Un article à la page 10 (opinion) du New York Times (4 janvier 2018) nous apprend aussi que 54% des tueries de masse (plus de quatre victimes) sont liées à la violence domestique. Le journaliste voudrait donc que soit créée une base de données efficace pour que soit interdit l'accès aux armes à feu à toute personne considérée comme dangereuse pour lui-même ou autrui par son entourage proche et/ou sous ordonnance restrictive.


Le but de cet article était de vous résumer cet essai que je trouvais très intéressant (la réfutation de la culture de la violence notamment) et très bien argumenté. De plus il est écrit par Stephen King, un écrivain INCONTOURNABLE, maître de l'horreur et du thriller ; et le style de l'essai est à la fois surprenant et particulièrement adapté au sujet traité : il concerne tous les individus américains confondus et implique une prise de position sans équivoque puisqu'il implique les valeurs de chacun.


Je vous invite donc à lire cet essai, que vous trouverez facilement en kiosque. Le magazine America apporte par ailleurs de nombreux éléments aidant vraiment à la compréhension des États-Unis aujourd'hui ; c'est d'ailleurs son but, puisqu'il a été créé à la suite de l'élection de Donald Trump, un événement qui n'a laissé personne indifférent. Les écrivains choisis, les thèmes et les illustrations sont fabuleux, et le magazine vaut donc son prix, même s'il peut paraître élevé (19 € en France). Je vous le conseille vivement !

Retrouvez America sur http://america-mag.com/ !

Et vous ?
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Le Sirien, ami de Micromégas et long de deux kilomètres, tenait dans la paume de sa main droite Donald Trump, Socrate et Raphaël. Ils discutaient de la volonté de Donald Trump de faire la guerre à la Corée du Nord.

Trump, en colère, s'exclama :
« La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décidait d'aider, ce serait formidable. Sinon, nous résoudrons le problème sans elle ! »
Il frappa du poing sur la table.
« J’ai dit à Rex Tillerson, notre merveilleux secrétaire d’État, qu’il perd son temps à négocier. »
Il regarda au loin.
« Conserve ton énergie, Rex, nous ferons ce que nous devons faire. »
Raphaël dit alors, plein de lassitude :
« Les princes ne songent qu'à la guerre (art qui m'est inconnu et que je n'ai aucune envie de connaître). Ils négligent les arts bienfaisants de la paix. »
« Ah, malheureux ! s'écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ? Il me prend envie de faire trois pas, et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins ridicules. »
Raphaël acquiesça, et reprit :
« Les Utopiens ont la guerre en abomination, comme une chose brutalement animale, et que l'homme commet plus fréquemment qu'aucune espèce de bête féroce. »
Le Sirien frémit et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux.
Trump expliqua les lancers de missiles de son ennemi Kim Jong-un. Il conclut, très fâché contre lui :
« La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les États-Unis »
Il montra à ses interlocuteurs à quel point le leader nord-coréen le provoquait :
« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d'affirmer que le bouton nucléaire est sur son bureau en permanence - informez-le que moi aussi j'ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! »
Socrate tenta de lui faire entendre raison :
« Il ne faut pas répondre par une injustice lorsqu'on a subi une injustice, comme le pensent les gens, puisqu'il ne faut jamais être injuste. »
« En fait, faire du mal aux hommes n'est en rien différent d'être injuste. »
« Il ne faut donc ni répondre à l'injustice par l'injustice ni faire du mal à un homme, pas même s'il te fait subir un tort, quel qu'il soit. »
Raphaël expliqua ensuite que le motif de M. Trump n'était pas assez grave pour se lancer dans une guerre nucléaire, en prenant l'exemple des Utopiens, un peuple sage :
« Les Utopiens ne font jamais la guerre sans de graves motifs. Ils ne l'entreprennent que pour défendre leurs frontières, ou pour repousser une invasion ennemie sur les terres de leurs alliés, ou pour délivrer de la servitude et du joug d'un tyran un peuple opprimé par le despotisme. En cela, ils ne consultent pas leurs intérêts, ils ne voient que le bien de l'humanité. »

Les sources :

Tout ce qui est entre guillemet est tiré de livres ou de tweets de Trump.
Pour le Sirien, ses paroles sont tirées du chapitre VII de Micromégas de Voltaire, ainsi que la didascalie « Le Sirien frémit et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux. »
Pour Socrate, je suis allée chercher ses conseils dans Criton de Platon.
Enfin, pour Raphaël, j'ai recopié quelques passages de L'Utopie de Thomas More, notamment dans De la guerre le Livre second pour l'exemple des Utopiens, et dans le Livre premier pour sa première intervention.
J'ai trouvé les tweets de Donald Trump traduits en français dans des journaux en ligne (https://www.francetvinfo.fr, http://www.sudouest.fr, http://www.lepoint.fr).

Enfin, l'idée de ce dialogue m'est venue en lisant l'édition du journal The New York Times du 11-12 novembre 2017, en particulier leur article intitulé « Socrates in the age of Trump », alors que je venais de lire Criton.