Le marchand de sables



Dans la nuit calme, la mésange dort. A l'aurore, elle s'en ira. Mais pour lors, on voit éclore, un sémaphore. Un puits de flammes s'esquisse, au fond des abysses. C'est un petit point rouille dans le lointain immobile. Soudain d'un coup sonore, un jet de feu : éruption de lumière, dans le ciel d'encre. Un vieil homme, installé sur son tapis d'étincelles, rallume les soleils, au milieu des ténèbres. Du bout de ses doigts, qu'il agite magiques, s'enfuient des lueurs, privées de crépuscule, en recherche d'un cœur. Un cœur de barbare, un cœur brutal, qui bat de perfidie, pernicieuse tempête. Les éclairs visionnaires se jettent dans un homme, au cœur de fer. Le sang enflammé, enivré de cramé, il se réveille. Au bord du lit, au bord des larmes, ne sachant plus pourquoi il dort, pourquoi il vit, il regarde ses mains. Pour la première fois depuis longtemps, il pleure. Invisible jusqu'alors, son étoile du soir, sa promise, sa mémoire, lui redonne l'espoir. Tandis que les oiseaux rêvent encore, dans les temples d'Angkor, le marchand de sommeils brodés d'or, s'en va avant l'aurore, tranquille... Il laisse glisser, de ses doigts sabliers, un étrange héritage : un parapluie troué. L'homme au cœur percé, s'empare du présent désemparé. Avant de se recoucher, il allume une lanterne, pour observer l'objet. Sous ses yeux ébahis, prend ainsi vie, un photophore. Il éteint son trésor, et puis ferme les yeux, serein. Dans la nuit calme, la mésange dort.

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