En attendant Godot
Auteur : Samuel
Becket (1906 - 1989)
Genre : théâtre
(absurde)
Parution : 1952
Édition : Les
éditions de minuit
Résumé :
Comment
résumer ce texte si singulier ? Deux personnages, Vladimir et
Estragon, attendent Godot, dont on ne sait rien... Godot ne vient
jamais. Les personnages dépérissent, il ne se passe quasiment rien.
Mais quelle peut être la signification d'une telle pièce ?
Beckett a « voulu dire ce [qu'il a] voulu dire ». Voyons
ce que l'on peut en tirer...
Avis
(ou plutôt réflexions sur le texte) :
Samuel
Beckett est un Dublinois qui s'installe à Paris en 1928 en tant que
lecteur d'anglais à l’École normale supérieure d'Ulm. En mal
d'inspiration au milieu d'un roman, il écrit En attendant
Godot et accède par ce biais à la notoriété...
Incroyable, n'est-ce pas ? Mais qu'est-ce qui a bien pu plaire
aux lecteurs ?
Plongée
dans la lecture du texte, j'étais très perplexe. Il ne se passe
rien ou presque (une rencontre et une chaussure perdue...), les
personnages sont décrépis : Estragon n'a pas de mémoire,
Pozzo devient aveugle, Lucky n'est quasiment plus humain... Et que
dire du lieu ? Il n'y a qu'un arbre. Estragon résume très bien
le paysage à l'Acte II : « Qu'est-ce qu'il y a à
reconnaître ? J'ai tiré ma roulure de vie au milieu des sables
! Et tu veux que j'y vois des nuances ? » Le temps ne
s'écoule pas, l'Acte II répète à quelques infimes différences
près l'Acte I, et seul Vladimir semble se rappeler les faits. Mais
une fois qu'on pose le livre, on se rend finalement compte du défi
littéraire que cela représente. Imaginez qu'on vous demande
d'écrire une pièce avec des personnages fatigués, sans action,
sans dénouement, sans lieu ni temps qui s'écoule... On comprend
alors mieux le succès de la pièce, finalement très avant-gardiste,
et qui interroge les conditions de possibilité du théâtre.
Peut-être fût-ce en partie une raison pour laquelle on décernât à
Beckett le Prix Nobel de la littérature en 1969.
Mon
personnage préféré, c'est Godot. Godot qu'on ne voit jamais, et
dont on ne sait rien, sinon qu'il bat un petit garçon, mais qu'il
les nourrit lui et son frère (acte I), qu'il ne fait rien et qu'il a
une barbe blanche (acte II). C'est le personnage le plus intrigant de
la pièce. Est-ce Dieu (God, en anglais) ? Certainement pas, ce
serait trop évident, un deus absconditus (dieu
caché), ou alors un deus ex machina qui n'apparaît
jamais, ce qui serait un comble. Ou est-ce juste un
personnage-prétexte de la pièce, dont le nom est inspiré des mots
« godillot » et « godasse » selon les dires
de l'auteur (il est d'ailleurs beaucoup question de chaussure dans
cette pièce) ? Finalement, s'il y a une intrigue dans cette
pièce, c'est bien l'identité de Godot.
Enfin,
quelle interprétation donner à En attendant Godot ?
Est-ce une interrogation angoissée sur le sens de la vie ? Où
est-ce si absurde que c'en est comique ? Alain Badiou déclare
dans Beckett, l'increvable désir : « Il faut
jouer Beckett dans la plus intense drôlerie. » Donc faire fi
de tout le pathétique, la métaphysique et les interrogations sur la
condition humaine auxquels on associe fréquemment les œuvres
absurdes. Prendre l'absurde pour ce qu'il est, c'est-à-dire une
œuvre dénuée de sens, ne me paraît pas déraisonnable.
« Un
livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » a
un jour écrit Kafka, un autre maître de l'absurde, dans l'une de
ses correspondances. Eh bien ce livre est particulièrement
tranchant, et tant mieux selon moi ! Il faut bien des livres
décapants, qui se jouent des règles et déjouent les attentes, pour
faire progresser la littérature. C'est certainement ce qui en fait
de grands classiques.
Et
vous ?
Avez-vous
lu ce livre ? Qu'en pensez-vous ?
Quel(s)
livre(s) lisez-vous en ce moment ?
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