De la violence en Amérique par Stephen King



Près de 300 millions d'armes sont en circulation aux États-Unis, selon les statistiques du magazine America. En effet, le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique garantit le droit du port d'arme par tout citoyen américain, permettant ainsi aux civils de se protéger. Mais c'est aussi avec ces armes que de nombreux meurtres et attentats sont commis sur le sol américain. Toujours selon America, depuis le massacre de Sandy Hook du 14 décembre 2012, qui a fait 28 morts, dont 20 enfants, plus de 1500 tueries de masse (plus de quatre personnes touchées) ont eu lieu.
Mais, comme le souligne Simone Weil, la philosophe du XXème siècle, à propos des conflits humains, « Si le péril est si grave, c'est sans doute en partie à cause de la puissance des instruments de destruction que la technique a mis entre nos mains ; mais les instruments ne partent pas tout seuls, et il n'est pas honnête de vouloir faire retomber sur la matière inerte une situation dont nous portons l'entière responsabilité. » (Ne recommençons pas la Guerre de Troie, 1937)
Il faut donc chercher la raison qui pousse tant de personnes à commettre de tels actes. Les médias emploient souvent le terme de culture de la violence aux États-Unis. Mais qu'en est-il vraiment ? L'essai de Stephen King, intitulé De la violence en Amérique, publié dans l'édition 4 du magazine America, apporte un nouvel éclairage sur cette question.

L'essai est divisé en six parties :
1) Le choc
2) Rage
3) Des ivrognes dans un bar
4) Culture de la violence
5) De mes mains mortes et froides
6) Pas de solution mais des mesures raisonnables

La première partie met en lumière le schéma répétitif du déroulement des tueries : la tuerie, la réaction des médias, la relance du débat sur le port d'armes, et enfin l'oubli progressif, jusqu'à la prochaine attaque. La seconde parle de Rage, un roman écrit par Stephen King lorsqu'il était adolescent, qu'il a plus tard remanié et publié en 1977. L'auteur a décidé de le retirer de la circulation, car de jeunes déséquilibrés prenaient exemple sur le héros du livre, Charlie Decker, pour commettre des tueries dans leurs écoles ; il cite notamment Jeff Cox, Dustin Pierce, Barry Loukaitis et Michael Carneal.
Devant le nombre croissant de tueries de masse, pourquoi aucune solution n'a été trouvée ? Aucun plan mis en action ?
C'est ce que Stephen King explique dans les passages suivants : le débat entre Républicains et Démocrates est stérile... En fait il n'y en a pas. Un peu comme une conversation entre deux ivrognes : chacun essaie de prouver que l'autre a tort sans écouter ses arguments. De plus, il existe la National Rifle Association qui défend le port d'armes et a une influence non négligeable sur une partie des personnalités politiques. La NRA est un vrai problème pour monsieur King, car ses membres sont des « contradictions ambulantes » et ne voient pas le lien entre le port d'armes (n'importe quel calibre et sans restriction) et les tueries de masse. En gros, si les victimes avaient été armées, il n'y aurait pas eu autant de morts...
Le problème a pris trop d'ampleur pour qu'une solution simple et efficace puisse le résoudre. Néanmoins, les trois initiatives majeures annoncées par Obama en 2013 pourraient déjà diminué le nombre de massacres. Il s'agit, pour faire court, des vérifications exhaustives et universelles des antécédents, l'interdiction de la vente de chargeurs d'une contenance de plus de dix cartouches (pour King, sept suffiraient, mais dix, c'est déjà bien), et enfin l'interdiction de la vente de fusils d'assaut tels que le Bushmaster et l'AR-15.
Quant à la culture de la violence en Amérique, pour monsieur King, elle est « un mensonge intéressé, édicté par certains fondamentalistes religieux et ces as de la propagande que sont les proxénètes pro-armes américains. » Il écrit même plus haut : « cette idée que l'Amérique existe dans une culture de la violence, c'est des conneries. L'Amérique existe dans une culture de Kardashian. » (Vous noterez que ce n'est pas non plus très flatteur...) Il appuie cette déclaration sur des statistiques sur le genre de films, de jeux vidéos que les Américains aiment. Les citoyens des États-Unis ne semblent guerre être intéressés par les armes à feu.


Vous l'aurez compris, le problème du port d'armes est une question de grande envergure aux États-Unis qui attise les passions. Selon Stephen King, son origine ne réside pas dans une soi-disant culture de la violence, mais plutôt dans l'accès pas assez réglementé aux armes à feu. En Californie, un enfant de 14 ans est en droit d'acheter une arme... Des mesures raisonnables de restriction du droit au port d'arme(s) sont donc nécessaires.
Un article à la page 10 (opinion) du New York Times (4 janvier 2018) nous apprend aussi que 54% des tueries de masse (plus de quatre victimes) sont liées à la violence domestique. Le journaliste voudrait donc que soit créée une base de données efficace pour que soit interdit l'accès aux armes à feu à toute personne considérée comme dangereuse pour lui-même ou autrui par son entourage proche et/ou sous ordonnance restrictive.


Le but de cet article était de vous résumer cet essai que je trouvais très intéressant (la réfutation de la culture de la violence notamment) et très bien argumenté. De plus il est écrit par Stephen King, un écrivain INCONTOURNABLE, maître de l'horreur et du thriller ; et le style de l'essai est à la fois surprenant et particulièrement adapté au sujet traité : il concerne tous les individus américains confondus et implique une prise de position sans équivoque puisqu'il implique les valeurs de chacun.


Je vous invite donc à lire cet essai, que vous trouverez facilement en kiosque. Le magazine America apporte par ailleurs de nombreux éléments aidant vraiment à la compréhension des États-Unis aujourd'hui ; c'est d'ailleurs son but, puisqu'il a été créé à la suite de l'élection de Donald Trump, un événement qui n'a laissé personne indifférent. Les écrivains choisis, les thèmes et les illustrations sont fabuleux, et le magazine vaut donc son prix, même s'il peut paraître élevé (19 € en France). Je vous le conseille vivement !

Retrouvez America sur http://america-mag.com/ !

Et vous ?
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2 commentaires:

  1. Aux USA c'est clair que c'est un sujet très épineux, le port d'armes est inscrit dans leur constitution et ils ont cette mentalité libertaire et méfiante envers l'état qu'ils veulent pouvoir se défendre. Or comme dit plus haut de plus en plus de personnes se servent de ces armes (qui ne devraient servir qu'en cas de légitime défense ou dans des clubs de tirs) pour assouvir leur désir de tuer. Ce problème ne peut être à mon sens résolu que par la mise en place d'une législation solide: ne pas autoriser une personne ayant des antécédents judiciaires à se procurer une arme; ne pas autoriser les personnes mineurs à posséder ou à se servir d'une arme en dehors d'un club; stockage de l'arme dans un lieu sous clé à domicile, limitation des cartouches (comme le proposait Barack Obama); étendre leq zones sans armes...
    Mais tout ceci est vraiment compliqué à mettre en place et à surveiller et il existera toujours des drames même avec de tels mesures. De plus les américains ne se sépareront jamais de leurs joujoux qui représentent leur liberté et leur capacité à se protéger. Je pense que ce problème ne sera jamais totalement résolu aux États-Unis à moins peut-être d'une éducation plus solide.

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  2. Effectivement, Stephen King explique dans son essai que le seul moyen pour que cette législation plus stricte soit mise en application serait paradoxalement le soutien de la NRA, pour ainsi dire des personnes les plus attachées aux armes...
    "En fin de compte, ce genre d'interdiction ne pourra se faire qu'à une condition : que les pro-armes l'appuient. [...] Si suffisamment de détenteurs d'armes à feu en Amérique exhortent le Congrès à prendre la bonne décision et demandent à la NRA de les suivre, le résultat pourrait vous surprendre."
    J'espère qu'un jour Stephen King aura eu raison de son optimisme !
    Bonne soirée

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